Archives du 03/09/2021

L’humeur vagabonde toujours, aux alentours de Royaumont, grâce à Stockhausen [4/4]

Derrière la scène se trouvent aussi des spectateurs : comme une inversion du regard et de l’écoute. La « spatialisation » est à l’œuvre, outre les haut-parleurs le long des murs de l’immense « grange » qui accueille le concert présentant la pièce de Karlheinz Stockhausen, Stimmung.

L’ambiance… est au silence quand les six interprètes montent sur l’estrade et s’assoient en cercle, comme dans des cérémonies magiques ou dans un « tipi » des Indiens d’Amérique du Nord.

La mélodie s’installe, s’insinue, se déplie et se déploie, les voix se répondent, graves ou parfois aiguës (des sifflements seront modulés vers la fin), la ligne harmonique est suivie comme sur une autoroute sans bande d’arrêt d’urgence.

Du fond de la gorge des chanteurs, qui regardent leurs partitions car le moindre détail est une note ou un mot, s’élève une lente mélopée, vivante et changeante parfois, une sourde expression de contemplation et de demande de paix, un chant du monde pas encore réglé, « aéroporté » (je pense à l’enfer du tarmac de Kaboul), élévateur de l’esprit par-delà toute confusion ou monstruosité explosive.

Stimmung est l’image sonore de l’audace et de la rédemption, un chant d’amour (les deux poèmes érotiques de l’auteur sont apparemment dissimulés dans le mouvement) et de désespoir, une sorte d’ascenseur ou d’escalator vers l’infini, si jamais on tolérait cette construction fictive, un cheminement hypnotique dont on émerge pourtant éveillé : l’art, musical ou autre, est sans doute le dernier vainqueur.

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(Photos prises le 29 août. Agrandir.)

[ ☛ FIN ]

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