L’humeur vagabonde toujours, aux alentours de Royaumont, grâce à Stockhausen [4/4]

Derrière la scène se trouvent aussi des spectateurs : comme une inversion du regard et de l’écoute. La « spatialisation » est à l’œuvre, outre les haut-parleurs le long des murs de l’immense « grange » qui accueille le concert présentant la pièce de Karlheinz Stockhausen, Stimmung.

L’ambiance… est au silence quand les six interprètes montent sur l’estrade et s’assoient en cercle, comme dans des cérémonies magiques ou dans un « tipi » des Indiens d’Amérique du Nord.

La mélodie s’installe, s’insinue, se déplie et se déploie, les voix se répondent, graves ou parfois aiguës (des sifflements seront modulés vers la fin), la ligne harmonique est suivie comme sur une autoroute sans bande d’arrêt d’urgence.

Du fond de la gorge des chanteurs, qui regardent leurs partitions car le moindre détail est une note ou un mot, s’élève une lente mélopée, vivante et changeante parfois, une sourde expression de contemplation et de demande de paix, un chant du monde pas encore réglé, « aéroporté » (je pense à l’enfer du tarmac de Kaboul), élévateur de l’esprit par-delà toute confusion ou monstruosité explosive.

Stimmung est l’image sonore de l’audace et de la rédemption, un chant d’amour (les deux poèmes érotiques de l’auteur sont apparemment dissimulés dans le mouvement) et de désespoir, une sorte d’ascenseur ou d’escalator vers l’infini, si jamais on tolérait cette construction fictive, un cheminement hypnotique dont on émerge pourtant éveillé : l’art, musical ou autre, est sans doute le dernier vainqueur.

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(Photos prises le 29 août. Agrandir.)

[ ☛ FIN ]

16 réflexions sur “L’humeur vagabonde toujours, aux alentours de Royaumont, grâce à Stockhausen [4/4]

  1. brigetoun dit :

    merci d’avoir trouvé les mots pour réveiller souvenir (pas facile pourtant) 🙂

  2. La première photo illustre bien la manière dont une mélopée peut unir les âmes et les corps.

  3. Francesca dit :

    Il me reste à découvrir cette oeuvre…

  4. Robert Spire dit :

    Musique « spatiale » en « Boulez » de canon: « Les tessitures des Barytons Stockhausen »…😉

  5. Robert Spire dit :

    Ce lieu paisible me rappelle le village de la série « Le prisonnier » avec cette omniprésente grosse boule blanche et ces personnes toutes vêtues de blanc sauf une… « Numéro 6 », je présume…🙂

  6. Belle série au finale en concordance ! (et cette idée lumineuse de prendre le car…) 🙂

    • @ Dominique AUTROU : Certains spectateurs n’avaient pas écouté les recommandations du programme et étaient venus jusque là avec leurs voitures, même s’il y avait peu de places, et c’était plus commun… 🙂

  7. Godart dit :

    Ici, le blanc signe de pureté, de sagesse et d’élévation de l’âme, mais il y aussi le blanc « d’Orange mécanique » (blanc sanguin). Entre les deux, mon cœur ne balance pas et va à votre blanc.

    • @ Godart : Il y a en effet plusieurs nuances de blanc… Celui de Kubrick est plutôt orange (ce qui ne signifie pas qu’il glorifie la violence en la montrant), celui de Stockhausen plutôt musique ! 🙂

  8. Aunryz dit :

    Je vais de ce pas (qui est loin de la négation) écouter cette oeuvre … merci de cette proposition.

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