Passage(s) du temps repassé /10\

Étoiles de poussière, toiles cirées, murs lambrissés, tapisseries fissurées, vitres rayées, les marques des jours sont des rides architecturales, des entailles dans le présent ouvrant vers des couloirs sans trop de lumière, sans néons, avec des embranchements inattendus, des croisements improbables, des toits vertigineux puisque faisant semblant de ne pas exister, laissant transpercer le ciel avec componction sur le mince sentier couleur Verdeau, ses nuages immobiles, son soleil moqueur à travers la verrière « en arêtes de poisson », et son obscurcissement inéluctable.

Il reste pourtant le puzzle miroitant des carrelages et des mosaïques, des objets perdus ou éperdus, résistant à la course du quotidien (bornes de l’intangible), et des piétons aventureux ou des affamés de l’instant comme précipités dans un film de rétro-fiction par la baguette magique d’un enchanteur anonyme dont le plan, sans doute machiavélique, serait dissimulé dans un de ces nombreux livres reliés – et non relus – qui patientent sur des étagères pas trop courbées malgré le poids des ans et la déréliction que crée la mélancolie du passage terminal : celui du temps.

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(Paris, Passage Verdeau, 9e, 28 août. Cliquer sur les images pour agrandir.)

(Claude Debussy, Rêverie, par Alain Planès)

[ ☛ FIN ]

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18 réflexions sur “Passage(s) du temps repassé /10\

  1. brigetoun dit :

    faisant semblant de ne pas exister, laissant transpercer le ciel avec componction 🙂 tellement ça (ceci dit l’aime bien celui-ci (parmi mes préférés)

  2. lyssamara dit :

    J’aime bien le passage du 13 bis. Il rêve et est à ma taille.

  3. Hélène Viala dit :

    Presque poignant de mélancolie… Avec Debussy en plus, pour pincer les fils de la nostalgie. Très beau, Dominique ! Merci !

  4. Robert Spire dit :

    La librairie Farfouille est-elle au 25 du passage ?
    C’était l’adresse de la librairie où Lautréamont a fait imprimer ses poésies.
    J’aime la vitrine, une sorte de « Crèche » à la gloire des rêveries naissantes grâce à la lecture. 😉

  5. gballand dit :

    Rêver en farfouillant, rien de plus agréable.
    J’aime beaucoup ce passage ou « les étoiles de poussières » de la « rétro fiction » m’ont éblouie.
    Merci pour ce voyage…

  6. @ gballand : comme je ne les ai pas tous ici passés en revue… vous pouvez prolonger votre promenade dans les passages en ouvrant ce lien (mon article date de novembre 2006)… 🙂

  7. Des lieux et des musiques induites, tout pour rêver de Paris

  8. Cette librairie est bien attirante. Merci pour la musique.

  9. Bel épilogue pour cette heureuse série, où j’ai aussi croisé, va comprendre, Jacques Demy et Agnès Varda. Pouvoirs de l’évocation ! Merci.

  10. Francesca dit :

    J’ai relu l’immense article de 2006. Merci du rappel ! Il faudrait vérifier mais il me semble que la merveilleuse librairie du cinéma a hélas disparu…

  11. @ Francesca : oui, clap de fin. 🙂

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