Pinceau parcimonieux

25.12.21_DH

(Paris, 25 décembre 2021. Agrandir.)

Tu avais commencé ta ronde de derviche tourneur, même le lendemain de Noël, en bon serviteur fidèle : le ciel obscurci de nuit et de nuages ne t’avait pas dissuadé dans la tâche qui t’avait été dévolue. Ton halo, plus vigoureux les soirs « normaux », permettait de compter combien de secondes il faudrait attendre entre ta disparition et ton retour. Une sorte de timidité semblait t’empêcher d’éblouir de ta lumière blanche ou jaune, c’est selon, l’observateur statique ou de passage. Cette sorte d’info en boucle (mais sans scoop particulier) était plaisante et rassurante : la tour prenait garde ainsi à être toujours au rendez-vous, pérennité oblige, dès le soir noir tombé. Et les pilotes d’avions en avaient fait leur point fixe, une balise GPS lumineuse et tournoyante, plus rapide que la rotation de la terre, un phare à la fois maritime et terrestre, ce soir-là pinceau parcimonieux, un signal visible de loin permettant d’éviter certains écueils, transperçant finalement les cumulonimbus comme un vêtement de fin coton, apportant son message de haut lampadaire mobile et central, sans arrêt prévu, sans panne possible, sans changement de rythme, sans à-coups, sans modification de trajectoire, déterminé simplement à répéter les mêmes mots éclairés : Eiffel garanti !

(Jon Hassell, Dreaming)

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14 réflexions sur “Pinceau parcimonieux

  1. lyssamara dit :

    J’ai d’abord cru que vous écriviez de L’une, obnubilée par sa puissance égale !
    🙂

  2. Matatoune dit :

    Ce phare hypnotique
    contre les nuits d’insomnie !

  3. brigitte celerier dit :

    et la voilà dans le noir, ne reste que le feu tournant ? (ça donne un beau texte)

  4. PdB dit :

    parfois elle se met à scintiller (il a été question de la repeindre en OR pour les olympiades : légende urbaine ou mégalomanie hidalgogire ? on se perd en conjectures…)

  5. Robert Spire dit :

    Vous semblez naviguer sur la ville tel ce héros de Jules Verne:
    « L’Albatros, semblable à un gigantesque scarabée, allait doucement au-dessus de la grande ville. (…) Cette promenade aérienne, cette flânerie de noctambule, dura une heure environ. C’était comme une halte dans les airs, avant la reprise de l’interminable voyage. Et même l’ingénieur Robur voulut, sans doute, donner aux Parisiens le spectacle d’un météore que n’avaient point prévu ses astronomes. Les fanaux de l’Albatros furent mis en activité. Deux gerbes brillantes se promenèrent sur les places, les squares, les jardins, les palais, sur les soixante mille maisons de la ville, en jetant d’immenses houppes de lumière d’un horizon à l’autre. »
    (Robur le Conquérant – 1886… Les travaux de la Tour Eiffel n’avaient pas encore commencé.)

  6. Godart dit :

    On en pince pour ce pinceau faisant office de sceau pour les Parigots.

  7. Les insomnies de DH et les rêves de Hassell ^^

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