Archives du 18/02/2022

En repassant par Guy Debord

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Récemment, je discutais avec l’ami Piero, grand cinéphile devant l’Éternel, il citait des producteurs français de films et l’image de Gérard Lebovici vint naturellement se superposer là-dessus comme par transparence, entraînant avec elle le souvenir du livre que lui avait consacré Guy Debord [1] après son assassinat à Paris, le 5 mars 1984, dans un parking public de l’avenue Foch.

Je suis allé mercredi, pour me rafraîchir les idées, chercher à la librairie Gallimard du boulevard Raspail cet ouvrage publié en février 1985 aux Éditions Gérard Lebovici et réédité par Gallimard en 1993. Les 92 pages sont vite lues mais on apprécie le style retrouvé, l’ironie cinglante, l’humour pince-sans-rire, et les touches de l’épée ou du fleuret que manie avec maestria Guy Debord, escrimeur intellectuel digne des Jeux Olympiques.

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Même si son livre s’apparente un peu trop par moments à une revue de presse après la mort de Gérard Lebovici, France Soir, Paris Match, Le Journal du Dimanche, Le Quotidien de Paris, Le Nouvel Observateur, Libération, Le Monde, Minute… en font les frais et certains « journalistes policiers » se retrouvent alors singulièrement épinglés au tableau de chasse de l’auteur.

Mais il est surtout intéressant de voir comment Guy Debord démonte l’amalgame qui est fabriqué à son sujet par les servants médiatiques de l’idéologie dominante, entre son activité à l’Internationale situationniste (IS) et le « terroriste » qu’il aurait été, dans la mouvance de certains groupuscules italiens, avec, pour corser le tableau, l’influence néfaste et mortifère qu’il aurait manifestée, de manière quasi démoniaque, auprès de Gérard Lebovici, l’inclassable producteur de cinéma et éditeur (Champ Libre).

Toutefois, la question principale demeure : qui a éventuellement commandité le crime et qui a exécuté l’ami et mécène de Guy Debord ? Le livre reste ouvert sur cette énigme non résolue dans une société dont le spectacle est plus que jamais celui d’une série noire ininterrompue et où les balles tirées dans la tête des irréductibles servent de point final.

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[1] Contrairement à ce qui est indiqué dans la fiche Wikipédia, ce livre ne fait absolument pas état d’une « conversation primordiale » entre Francis Ryck (auteur de polars) et Marie-Christine de Montbrial (« amie proche de l’éditeur »).

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(photos : cliquer pour agrandir)

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