Archives du 19/02/2022

Saint-Germain-déprimés

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(Paris, rue de Grenelle, 7e, 16 février.)

Il fallait vraiment le vouloir : j’avais pris ma voiture mercredi dernier pour aller vers le boulevard Raspail, je trouvais une place par un hasard extraordinaire rue de Grenelle – non, je n’avais pas rendez-vous avec Jean-Michel Blanquer – puis je rentrais par le boulevard Saint-Germain, encombré au maximum, on roulait à la vitesse des piétons, je passais devant Les Deux Magots, opportunément le feu s’était mis au rouge.

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(boulevard Saint-Germain, 6e)

Un type arpentait le trottoir avec une oreillette en tortillon sur le cou, elle indiquait publiquement sa mission, j’ignorais si un ministre tenait ici table ouverte cet après-midi. J’aperçus un peu plus loin une sorte de mangeoire démesurée (elle devait dater de l’époque des « terrasses »), installée face à l’église de Saint-Germain-des-prés, où des dizaines de visiteurs, touristes en goguette et amants en conquête, étaient assis, joyeux et déprimés, comprimés, serrés comme harengs en caque, sans doute dans le fol espoir d’apercevoir les hologrammes de Jean-Paul et Simone qui avaient légué, à leurs corps défendants, leurs noms pour la dénomination de la placette.

Cela ne donnait vraiment pas envie de retourner dans cet établissement où l’on pouvait pourtant s’asseoir tranquillement (jadis et naguère) et observer, selon l’analyse phénoménologique décrite dans L’Être et le néant, le serveur du Café de Flore voisin, habillé en noir et blanc.

Heureusement, il était impossible de se garer devant le monument « patrimonial » devenu un musée sans âme, un lieu indiqué vraisemblablement par la formule « Mérite un détour » dans les guides touristiques japonais et américains.

Je me dirigeais alors vers République où la statue était toujours à la même place et où se manifestait peut-être un air du temps plus engagé.

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(photo et gifs : cliquer pour agrandir.)

(Miles Davis, Time After Time)

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