Archives du 16/09/2022

« Chronique d’une liaison passagère » : dans le film d’Emmanuel Mouret, le rêve vit là

Gobelins, 14.9.22_DH

(Paris, avenue des Gobelins, 13e, 14 septembre. Agrandir.)

Sous la forme apparente d’un nouveau badinage, le film d’Emmanuel Mouret, Chronique d’une liaison passagère, dissimule et déploie une réflexion sur les rapports amoureux qui accroche profondément et arrache les clichés habituels.

Les deux acteurs principaux, Sandrine Kiberlain et Vincent Macaigne, gravissent les sommets de l’interprétation de leurs personnages (une célibataire, Charlotte, rencontre un homme marié, Simon) avec une force de conviction incroyable et une palette d’expression sidérante. L’apparition de Georgia Scalliet (une révélation) viendra donner une autre touche – c’est un film très tactile – au duo initial.

Un film où les inventions de mise en scène (dialogue séparé par une paroi, travelling arrière où Charlotte porte un plateau en écoutant une conversation de l’autre côté du mur) apparaissent naturellement, où les plans-séquences sont eux-même découpés comme autant de courts chapitres chronologiques de l’intrigue, où les paysages ressemblent à des images psychiques, où Paris est filmé comme il doit l’être, où la nature devient le corps même des amants, où la musique se ressource en un torrent irrépressible et contenu.

Cette œuvre joue avec la surface des mots qui sonnent comme des appels silencieux, des gestes doux, des regards échangés. Il ne s’agit pas d’un « film bavard » mais bien de la concrétisation (ou de la concrétion) du désir par la langue, le discours, la contradiction, la phrase et le silence.

La maison d’architecte qui réunit les personnages est superbe et célèbre : on peut même la visiter, c’est d’ailleurs l’idée venue en quittant la salle de cinéma – pour prolonger l’enchantement de cette « liaison » qui pourrait ainsi durer dans la réalité de son décor : le rêve vit là.

(Anoushka Shankar, Pancham Se Gara, de Ravi Shankar)

D.H.

 

Tagué , , , , , ,
%d blogueurs aiment cette page :