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Le sommeil est une merveille

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(Paris, 12 novembre. Agrandir.)

Le sommeil est une merveille. Je dormirais bien durant toute ma vie. Ne pas se lever le matin, petit-déjeuner, douche ou bain (anti-écolo et la baignoire à vau-l’eau), mais à l’inverse naviguer de rêve en rêve sur l’océan songeur, demeurer immergé dans le liquide amniotique et lymphatique, vivre par procuration, déléguer sa propre existence à l’intense cinéma nocturne.

Le sommeil est un sommier et un réveil au ressort cassé. Il n’y a plus de sonnerie, de carillon dans la tête (coucou cou coupé), le temps ne se soumet plus au quadrillage des heures, le sablier semble incapable, tout seul, de se retourner vers le futur : le joyeux ou inquiétant mélange des jours, avec les cauchemars à l’affût, va suivant son libre cours, sa destination définitivement débarrassée de tout obstacle ou d’une quelconque frontière.

Le sommeil est une mer en soie, il suffit d’y plonger, pas besoin de bouée de sauvetage. Alors, on peut y rencontrer des poulpes, des aiglefins, des dauphins, des baladins, des sirènes. C’est le monde du silence enchanté où la musique des vagues dévale depuis la surface sur laquelle file lentement un véliplanchiste. Les nuages au-delà jouent à qui perd-gagne, les soucis se sont envolés, les suicides ont disparu. La masse aquatique des rêves, bons ou mauvais, emporte vers l’horizon toute idée négative car la sortie reste allumée en vert, irréductiblement.

Le sommeil porte conseil, l’oreille écoute et regarde les possibilités, elle les enregistre comme sur un Nagra ; les hypothèses se mesurent entre elles et la plus attirante reçoit enfin sa récompense : un selfie à rendre rêveur son unique spectateur endormi comme un bébé.

(Avishai Cohen Trio, Shifting Sands)

D.H.

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