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D’un soir un peu déconcertant

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Au loin, le bâtiment austère et beau (en stéréo) de la Philharmonie de Paris se dresse mais est désormais défiguré par le panneau lumineux qui, juste devant l’entrée, vante des événements à venir : on se demande si l’architecte a vraiment voulu ou accepté cette pustule publicitaire.

Plaisir néanmoins de pouvoir réécouter Edgard Varèse et son Déserts (création le 2 décembre 1954 au Théâtre des Champs-Élysées à Paris, 28 minutes) « pour vingt musiciens avec interpolation de bande magnétique ». La musique est puissante, elle invente en permanence et joue avec les enregistrements réalisés par le compositeur lui-même : « Le matériau des première et troisième interpolations provient de bruits industriels (friction, percussion, sifflement, grincements ou sonorités cinglantes, broyage). Ils sont filtrés, transposés, mélangés, etc., par des moyens électroniques ; ils sont ensuite inscrits dans le plan préétabli de l’œuvre. » (1)

Edgard Varèse avait souhaité faire un film pour accompagner sa création. C’est Bill Viola qui s’en est chargé mais une fois la vidéo (réalisation en1994) lancée sur le grand écran, l’écoute de la musique semble soudain perturbée, décalée, enchevêtrée dans un flot perpétuel et bousculée par des travellings sous-marins, des plans de feux de forêts, de sommets montagneux et d’un type enfermé dans sa chambre et qui fait tout tomber, au ralenti, ce qui se trouve sur sa table avant lui-même de disparaître dans les vagues ou le vague.

On finit par se dire qu’il faudrait réécouter Déserts... au Sahara, dans un lieu où la musique uniquement se jouerait d’elle-même sans que l’oreille et le regard soient, pour ainsi dire, magnétisés par cette logorrhée d’images superflues.

Après l’entracte (le concert durait environ deux heures), c’est le compositeur Wolfgang Rihm, avec Jagden und Formen (« Mouvement et Forme ») qui nous embarque dans un vif et original voyage. L’œuvre, sans traduction imagée, a été créée le 18 novembre 1999 au Théâtre du Châtelet à Paris. Elle scintille dès le début, tient la ligne et aboutit sur une note finale inattendue. Le public apprécie à tout rompre.

L’Ensemble intercontemporain, dans la salle Pierre Boulez, se montre à son meilleur niveau, comme toujours, et Matthias Pintscher l’a dirigé  avec précision, fougue et enthousiasme.

Dehors, à 18 heures, la nuit prenait ses aises, il suffisait de redescendre par la grande pente piétonnière pour retrouver l’avenue Jean-Jaurès.

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(1) Edgard Varèse, Écrits, Christian Bourgois éditeur, 1983, p. 142-143 (cité dans le programme).

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(Paris, 22 janvier. Agrandir les images.)

D.H.

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