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Quelques associations d’idées périphériques

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(Immeuble Vérone, Saint-Denis, 13 mars. Agrandir)

À la faveur d’un embouteillage sur le périphérique parisien, j’avais pris cette photo d’un bâtiment aussi étrange que familier (inauguré le 11 janvier 2016 par le ministre de l’Economie Emmanuel Macron), avec sa « résine de béton fibré ultra-performant ». La façade exposée faisait penser à celle de l’Institut du monde arabe mais sans ses moucharabiehs et son soleil miroitant. Sur le noir métallique qui recouvrait le Vérone se superposaient alors en même temps les images quotidiennes et insupportables (auxquelles on s’habituait, hélas) des villes et des immeubles bombardés en Ukraine, en toute impunité apparente, et depuis le 24 février dernier, par le criminel de guerre Vladimir Poutine.

J’imaginais que ce que je regardais depuis ma voiture, non encore visée par un missile russe, était soudain transformé en ruines, une épaisse fumée marron s’échappait des fenêtres éclatées, des pans de murs s’écroulaient dans le silence de la circulation bloquée. La guerre de 14-18 était pour ainsi dire à nos portes (de la Chapelle ou de Bagnolet), il suffisait d’écarquiller les yeux, d’enfiler un casque de vélo et de se mettre un masque à gaz, en vente dans les boutiques de cycles, sur le nez.

Le ciel voyait s’inscrire sur sa peau diaphane comme de longues cicatrices : noir sur bleu, des explosions multiples dessinaient des trajectoires imprévues, les automobilistes abandonnaient leurs véhicules et descendaient se terrer sous les ponts de l’ouvrage d’art. Un Mirage passait réellement en rase-motte au-dessus des Parisiens paniqués. Un tremblement sourd se faisait sentir lorsqu’il lâchait une de ses bombes téléguidées sur les quelques chars marron apparus, marqués d’un « Z » blanc grossièrement peint sur le blindage.

Car les forces armées poutiniennes étaient parvenues jusqu’à Paris. On avait espéré que le tsar moscovite n’irait pas jusqu’à de telles extrémités, que les coups de fils répétés et « échangés » entre lui et le président de la République française seraient suffisants pour calmer ses ardeurs d’ours mal léché… mais cette naïve illusion n’avait tenu que le temps d’un rêve pacifiste.

Le Troisième guerre mondiale avait commencé.

Mais une fois encore, les Américains – n’en déplaise au « tribun » national du nom de Mélenchon – viendraient nous délivrer in extremis : l’Histoire se répétait, même si elle bégayait, et bientôt on pourrait sans doute mâcher du chewing-gum Hollywood (une mode disparue) qui serait distribué gratuitement et à profusion, après la victoire, par le grand frère d’outre-Atlantique.

(Bob Dylan, Masters of War)

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