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Élections présidentielles, deuxième tour : ne plus tergiverser !

(Paris, rue de Marseille, 10e, 20 avril. Cliquer pour agrandir.)

Ce n’est pas parce que Marine Le Pen (MLP) a changé d’affiche et de slogan, pour le dernier virage final, qu’elle a acquis une nouvelle virginité.

Certes, son slogan repeint, « Choisir la France », est ramasse-tout et bien refermé sur lui-même (le précédent « Remettre La France en ordre », aux relents d’Occupation, étant camouflé désormais par une sorte de pudeur in extremis), la mention uniquement de son prénom comme si elle était « notre » amie, sa cuisse légèrement dévoilée (serait-elle unijambiste comme son père est borgne ?) et négligemment croisée sur le bureau où elle se tient à moitié assise, jouant presque le rôle de composition dans un film du genre Corporate, tout ceci peut-il effacer son programme ultra-nationaliste (« On est chez nous ! »), revanchard, anti-européen, anti-immigrés, fait de murs et de barbelés pour tous ceux qui n’auront pas obtenu l’estampille « française » qu’elle se croit autorisée à accaparer comme, en d’autres circonstances, celle de Jeanne d’Arc ?

Même si, à l’inverse, la nouvelle affiche d’Emmanuel Macron n’est pas vraiment dynamique, avec un slogan plutôt quelconque, et une photo déjà vue mille fois, au moins sait-on, comme l’a écrit avec force Raphaël Glucksmann, qu’il faudra « pourtant » voter pour lui, car c’est le seul rempart contre le spectre peroxydé en blond d’un fascisme « soft » et déguisé sous quelques oripeaux sociaux : sa visite-éclair à Whirlpool, le temps de poser pour quelques selfies, aura montré au grand jour sa démagogie sans retenue, alors qu’Emmanuel Macron affrontait dans le même temps, avec courage et arguments, les syndicalistes et ouvriers du site.

Il n’est donc plus temps de tergiverser, en singeant l’attitude, hélas incompréhensible, de Jean-Luc Mélenchon, celui qui ne prend pas parti, après l’annonce des résultats du premier tour de l’élection présidentielle, au grand dam de ceux qui pensaient qu’il représentait le bulldozzer incontournable contre le FN et sa représentante de (fonds de) commerce et l’ouverture enfin vers une gauche différente de la précédente au pouvoir.

Le 7 mai, je voterai, comme de très nombreux Français, contre MLP en utilisant pour ce faire le bulletin portant le nom d’Emmanuel Macron (en l’occurrence, ce dithyrambe est une couronne qui pèse) : s’il faut lutter ensuite contre sa politique « sociale-libérale », pour l’instant annoncée plus libérale que sociale, comme l’indiquait hier dans sa lettre quotidienne Laurent Joffrin, directeur de Libération, on sait que l’on aura au moins le droit de s’exprimer et de manifester démocratiquement notre opposition, au lieu de peupler les camps sans doute ouverts pour tous les opposants ou réfractaires à la politique d’extrême droite de la fille qui marine dans les vieux relents d’une « France moisie », pour reprendre la formule célèbre de Philippe Sollers.

Le résultat du 7 mai au soir n’est pas acquis d’avance : les écarts se resserrent. La moindre voix opposée à la politique réactionnaire et néo-fasciste incarnée par MLP doit se mobiliser – et non pas choisir l’abstention, le bulletin « nul », comme son nom l’indique, ou le bulletin blanc.

Or, comment se regarder en face durant cinq ans (ou sept ans) si MLP accédait, par grand malheur, aux commandes d’un État policier, verrouillé, rabougri, enclos dans ses « frontières », sans culture, révisionniste (je ne l’ai pas baptisée sans raison « Machine à Laver Pétain ») et, en quelque sorte, inhumain : l’Etat, « le plus froid des monstres froids », décrit par Hobbes, sans qu’il ait pu penser à sa version éventuellement lepéniste et à tout coup catastrophique.

(Maréchal, nous voilà !)

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