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« La Ronde » du 15 septembre, sur le thème : « Arbre(s) », avec Dominique Autrou

Aujourd’hui, La Ronde, une suite de textes et photos échangés sur le thème « Arbre(s) », lancé par Dominique AutrouPrincipe : le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, etc.

Voici la liste des participants, telle que communiquée par Jacques d’Anglejean :

Marie-Noëlle Bertrand
va chez Joseph Frisch 
qui va chez Noël Bernard
va chez Hélène Verdier 
va chez Franck Bladou 
va chez Giovanni Merloni 
va chez Marie-Christine Grimard 
va chez Dominique Autrou 
va chez Dominique Hasselmann 
va chez Guy Deflaux 
qui va chez Marie-Noëlle Bertrand 

Ci-dessous, j’ai le grand plaisir d’accueillir Dominique Autrou, tandis que ma contribution s’est enracinée là-bas.

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Un enfant le matin dans la rue puis deux autres, puis cinq, ribambelle joyeuse vers l’école en petite troupe processionnaire. Bientôt monte au ciel une infusion de cris filtrés par les rameaux encore verts des tilleuls. Leur écorce retient les impuretés des voix mutantes comme un philtre son couteau, cœur barré d’une flèche : C’est pour la vie, toi aussi, moi aussi ; dessin rupestre à combustion lente.

Plus loin, des voussures se rejoignent. Les sexes sont séparés, mais portés par la même plante, ce qui n’empêche pas les penchants de l’un pour un autre. Les feuilles sont semblables, indistincte hiérarchie des figures de saints brûlées par le vent. On ne discerne plus qui ou quoi, du pénitent, du visage de la Vierge Marie ou de la fleur vénéneuse éclose entre les fesses de Satan. Oh, douceur transfigurée des lèvres du portail.

Les amants le soir se retrouvent sous le figuier de vie qui cache leurs ébats. Ils y écrivent la genèse d’une histoire en lettres majuscules, étouffés par les soupirs. L’homme fait souvent la femme, et vice-versa s’il y a lieu, l’amour ne respectant rien. Les jambes voudraient prendre racine, mais il est tard : les filles de l’air doivent rejoindre leurs maris respectifs. Finis caresses, palabres et serments.

La nuit, un buveur anonyme dort à sa belle étoile : le poids du jour était trop lourd. Un marronnier immémorial, au tronc jamais extrêmement droit, supporte son dos qui croule sous la dette. Dans son sommeil, l’homme (ou la femme, on ne voit pas bien) a des rêves aiguisés : une sève prodigieuse fait sa manne comme il fait la manche et un miellat doré inonde ses pensées temporairement belles.

Un enfant le matin dans la rue, puis deux autres…

(Cliquer pour agrandir.)

Texte et photos : Dominique Autrou

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