Archives de Catégorie: Opéra

« Pelléas et Mélisande » : l’opéra immobile et mouvant

Le soir du 19 septembre, à l’Opéra Bastille, c’est la foule des grands jours : il s’agit de la « première » de Pelléas et Mélisande, œuvre créée par Claude Debussy en 1902 et mise en scène (plusieurs fois de suite ici) par Robert Wilson.

Dès le début, le cadre – comme un écran de cinéma – est installé et apparaîtra comme un écrin de toute beauté pour ce « drame lyrique » (sur un livret de Maeterlinck) qui emporte le spectateur malgré ou à cause de la minceur du propos : l’amour contrarié des amants, comme dans Tristant et Yseult, et la mort délivrée par la jalousie du mari.

La musique de Claude Debussy n’a pas pris une ride, les interprètes (à part le grand-père) n’en présentent aucune et la mise en scène, par sa rigueur et son invention, porte au plus haut le déroulement des cinq actes (le spectacle dure 3 heures 10, entracte de 10 minutes).

Ce qui frappe au cœur, c’est la lenteur apparente – à la manière du théâtre Nô ou d’un film au ralenti perpétuel – de cet opéra immobile et mouvant : les gestes sont suspendus, la main ou le visage soudain éclairés précisément dans leur fixation, les dialogues chantés mais parfois susurrés, et même rares car concentrés sur l’essentiel, distillés dans les lumières mesurées géométriquement.

Des ombres chinoises (les servantes) parcourent la scène, la flamme de flambeaux met le noir en relief. La tour d’où se penche Mélisande donne le vertige. La grotte où elle a perdu l’anneau fatal est profonde et attirante. L’enfant Yniold (Jodie Devos) danse. Et la musique reconnaît déjà la mer.

Pelléas (Etienne Dupuis) va mourir sous l’épée de Golaud (Luca Pisaroni) pour les beaux yeux et la chevelure immense de Mélisande (Elena Tsallagova). Le lit se déplace au centre du plateau : la main levée de l’aimée retombe avant une résurrection rêvée.

Sur scène, une fois le destin accompli, les acteurs viennent saluer avec Philippe Jordan, chef parfait de l’orchestre et choeurs de l’Opéra national de Paris, et Robert Wilson, inchangé, artiste définitif.

(en « costumes de ville », Philippe Jordan et Robert Wilson.)

(Claude Debussy, Pelleas et Mélisande, extrait.)

(photos : cliquer pour agrandir.)

Tagué , , , , , , , ,