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Verdun revient !


(Paris, canal Saint-Martin, 10e, 13 mars. Cliquer pour agrandir.)

La flotte macroniste armée anti-coronavirus avait été enfin lancée par le Chef des armées.

Après avoir informé le peuple le 12 mars à 20 heures (« Franchaizes… FranÇaises…« ) des décisions qu’il avait prises en son for (de l’Élysée) intérieur, l’invincible armada fut propulsée sur tous les canaux, rivières et fleuves de notre beau pays.

Chaque embarcation, fendant courageusement les flots, distribuait (grâce à des sortes de canons pacifiques) aux populations avides, averties par haut-parleurs et amassées le long des rives, des kits de rouleaux de papier essuie-tout et hygiéniques, des flacons de gel hydroalcoolique, des boîtes de mouchoirs en papier jetables, des masques de carnaval et des confetti pour faire passer la toux.

L’opération, après bien d’autres pays et certaines tergiversations dans l’hexagone, était enfin « bien partie ».

Les métros, désertés, laissaient la place aux seuls personnels soignants devant se rendre depuis les « banlieues » (où ils étaient confinés depuis des années à cause du prix de l’immobilier de la capitale dépassant les 10 000 euros le m2) jusqu’aux hôpitaux parisiens hélas déjà fâcheusement embouteillés par des malades suspectés ou avérés comme contaminés par le Covid-19.

L’ancienne ministre des « Solidarités et de la Santé » avait été exfiltrée du gouvernement, sur ordre présidentiel, pour combattre Anne Hidalgo, la candidate socialiste à un second mandat à la mairie de Paris. Le successeur d’Agnès Buzyn, un neurologue, prenait en charge avec flegme le champ de ruines hospitalier – une grève d’un an n’avait abouti qu’à l’obtention de quelques rouleaux de sparadrap supplémentaires mais on manquait toujours singulièrement de personnels, de lits, de masques de protection et de machines à respirer – qu’elle lui avait laissé en héritage.

Ainsi, « le docteur Macron« , sur le pont, s’était enfin trouvé un sujet de rassemblement (interdit à moins de 100 personnes en intérieur) : avec « la France unie » (1), on se serre les coudes (à défaut des mains), on est tous embarqués dans la même catastrophe, donc on doit faire une confiance aveugle au Chef de l’État et dire adieu à tous les autres problèmes.

Des jours sombres s’annonçaient sur l’agenda présidentiel. Mais on évitait désormais, en vertu du principe de précaution, de le publier urbi et orbi.

Le Premier ministre, pour mettre fin à la gaudriole que son gouvernement avait laissé s’instaurer pendant des semaines à son corps défendant, annonça soudain, samedi 14 mars en début de soirée, la fermeture des restaurants, cafés, cinémas… et de « tous lieux publics non indispensables à la vie du pays. » Dès minuit et ce, « jusqu’à nouvel ordre ».

Mais les bureaux de vote, grâce à leurs isoloirs bien nommés, demeuraient ouverts ce dimanche aux visiteurs intéressés. Une abstention prophylactique, due à certaines consignes paradoxales venues d’en-haut, semblait se dessiner pourtant à l’horizon dorénavant singulièrement noirci par la pandémie guerrière.

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(1) Slogan de la campagne présidentielle de François Mitterrand, mars 1988.

(Erik Truffaz, Blow away, featuring Anna Aaron)

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