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SDF souterrains à Paris

(photo : Paris, 10 janvier. Cliquer pour agrandir.)

La République, bonne fille, n’a pas encore filtré les SDF aux entrées du métro parisien : de toute façon il suffit de passer le portillon en se collant à quelqu’un muni de son pass’ Navigo ou d’un ticket antédiluvien tandis que le préposé à l’accueil RATP semble en permanence hypnotisé par son écran d’ordinateur.

De quoi se plaignent-ils donc ? Au moins ils dorment sans geler dans la station, plutôt que dehors sur une grille de métro dégageant un peu de chaleur au milieu d’un trottoir, et il existe encore ici quelques espaces carrelés non plantés de sièges individuels, pas très confortables pour s’étendre.

Mais c’est « parce qu’ils le veulent bien », s’ils n’ont pas de boulot – ils n’ont pas pensé à traverser la rue – et s’ils passent leur vie à mendier, à attendre que des pièces tombent de haut dans leurs escarcelles (gobelets en carton recyclable, quand même) et « un ticket restaurant pour manger ».

Un député de « La République en marche » (dans quel sens ?) a même osé dire, il y a près d’un an, que l’on comptait seulement 50 SDF à Paris et que leur « immense majorité » (non, il ne s’agit pas de l’assemblée des godillots de droite) dormait dans la rue « par choix ». Ce parti aux ordres respecte fort bien les libertés individuelles.

Participeront-ils pourtant au « Grand débat national » lancé lundi officiellement, après la passionnante « Lettre aux Français » de cinq pages, écrite (sans doute avec l’aide d’un domestique pour effacer toute « poudre de perlimpinpin ») par Monsieur le Président de la République, et envoyée lundi à la presse et aux « réseaux sociaux », suivie d’une tournée – comprendre « itinérance » – qu’il entreprend depuis mardi dans la France dite « profonde ».

Pourtant, s’ils n’ont pas d’ordis, de tablettes, de smartphones ou de radios et télés portatives, ils ne sont peut-être pas au courant ? Mais aux dernières nouvelles, ce document (re)fondateur, imprimé sur papier, va être déposé (envoyé par la Poste, non nominativement) dans toutes les boîtes aux lettres de la population française, sauf, bien entendu, celles des SDF.

En cas de guerre, les stations de métro – Londres fut bombardée par l’aviation allemande du 7 septembre 1940 au 10 mai 1941 – servent d’abris de fortune, si l’on ose dire.

En cas de paix, aussi, et même sans « gilets jaunes » – formule soigneusement évitée dans la bafouille du Chef : ils sont redevenus « invisibles ».

Tout est bien prévu, finalement. C’est ça, gouverner.

Alors, pourquoi, bizarrement, nous demander ce qu’il faudrait faire dans (presque) tous les domaines de la vie politique, comme si soudain on était parvenus à la tête de l’État ?

(Cannonball Adderley Quintet, Work Song)

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