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Comment j’ai réalisé une vidéo « minimaliste » à Bâle au tout début de cette année

Dans le cadre de l’atelier d’écriture de François Bon « vers un écrire-film #03 ⎜« comment j’ai fait », voici ma contribution publiée il y a quelques jours, et figurant (blog-paragraphe n°[7]) parmi d’autres sur le site Le Tiers livre.

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Je n’avais pas l’ombre d’un scénario écrit à l’avance ni pris aucune note préalable. Mon imagination n’était pas dans ces rails-là. J’ignorais totalement que cette vidéo existerait un jour (« Ce n’est pas une image juste, c’est juste une image » dirait Godard). J’avais seulement emporté, en plus de mon smartphone habituel, mon appareil photo pour filmer éventuellement quelques images du feu d’artifice tiré depuis l’un des larges ponts, le soir du nouvel An dernier, qui enjambe le Rhin à Bâle, cette ville suisse si tranquille, et dont la seule musique d’ambiance produite est celle des nombreux tramways qui grincent dans les tournants, mêlée à celle des carillons des églises. C’est en revenant ensuite à pied vers l’hôtel que j’aperçus, pour la première fois de nuit, le Kunstmuseum avec son inscription conservée d’une exposition précédente. Je l’ai déjà dit, je n’envisageais rien de ce qui pourrait être une fiction nocturne filmée puisque seuls le hasard, l’imprévu, l’improviste pourraient éventuellement la commander. La création me semblait exclue, Dieu était déjà passé. Je n’avais d’ailleurs pas trimballé un pied pour stabiliser ma caméra : cet accessoire est peu discret et j’essaie toujours, lorsque je suis amené à faire des plans fixes – les seuls qui permettent de capter le mouvement sans l’accompagner dans son déplacement – de rester immobile le mieux possible en me donnant un point de repère dans le viseur. Tout à coup, j’avais aperçu et donc cadré ce carrefour avec le cube architectural du musée et j’attendais qu’une voiture passe ou même peut-être un cycliste, il était environ une heure du matin. Au bout de quelques minutes la place s’agita comme je le souhaitais, je déclenchais l’enregistrement, cela ne dura pas très longtemps. C’était devenu une vidéo « minimaliste » (je pensais alors au musicien américain La Monte Young, toujours vivant). Celle-ci ne serait jamais projetée dans un cinéma puisque les court-métrages (et celui-ci était ultra-court, 35 secondes en tout et pour tout) avaient perdu leur droit à l’existence en salle. La seule intention que j’explicitais au début de mon film fut inscrite dans le générique : « J’aime bien quand il ne se passe rien, ou tout simplement quand il passe quelque chose. » Je publiais ensuite, le 19 janvier, le mini-film sur mon blog Métronomiques, il attira peu de lecteurs et de commentaires. Mais la création de cette vidéo m’avait plu, c’était le principal : sans aucun désir anticipé de lui donner la vie, comme si elle m’avait échappé involontairement, l’image m’avait imposé soudain sa présence inéluctable, je l’avais accueillie sur-le-champ et même je l’en remerciais – nos deux solitudes s’étaient ainsi rencontrées durant quelques instants, un petit matin dans la ville blême. Le ballet pouvait commencer et revenir, revenir, revenir à son point de départ.

[la vidéo se trouve ici.]

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