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Une tête collée au mur de la rue Léon Jouhaux (Paris, 10e)

J’ai pensé récemment à Léon Trotsky et à ce qu’il a cosigné avec André Breton en 1938, le Manifeste intitulé Pour un art révolutionnaire indépendant, repris dans Littérature et révolution (René Julliard 1964, et 10 x 18, Union Générale d’Éditions 1971, N° 553/554/555, pages 505-506) :

« A ceux qui nous presseraient, que ce soit pour aujourd’hui ou pour demain, de consentir à ce que l’art soit soumis à une discipline que nous tenons pour radicalement incompatible avec ses moyens, nous opposons un refus sans appel et notre volonté délibérée de nous en tenir à la formule : toute licence en art.

Nous reconnaissons, bien entendu, à l’État révolutionnaire le droit de se défendre contre la réaction bourgeoise agressive, même lorsqu’elle se couvre du drapeau de la science ou de l’art. Mais entre ces mesures imposées et temporaires d’autodéfense révolutionnaire et la prétention d’exercer un commandement sur la création intellectuelle de la société il y a un abîme. Si, pour le développement des forces productives matérielles, la révolution est tenue d’ériger un régime socialiste de plan centralisé, pour la création intellectuelle elle doit dès le début même établir et assurer un régime anarchiste de liberté intellectuelle. Aucune autorité, aucune contrainte, pas la moindre trace de commandement ! Les diverses associations de savants et les groupes collectifs d’artistes qui travailleront à résoudre des tâches qui n’auront jamais été si grandioses peuvent surgir et déployer un travail fécond uniquement sur la base d’une libre amitié créatrice, sans la moindre contrainte de l’extérieur. (…)

André Breton, Diego Rivera, Mexico, le 25 juillet 1938. »

[ « Une note d’André Breton précise : « Bien que publié sous ces deux signatures, ce manifeste a été rédigé en fait par Léon Trotsky et André Breton. Pour des raisons tactiques, Trotsky demanda que la signature de Diego Rivera fût substituée à la sienne. » (La clé des champs, éd. J.-J. Pauvert, 1953, p. 41). » Préface et note, ici, de Maurice Nadeau.]

 Trotsky_DH(Le scan est agrandissable.)

On pouvait en effet se demander qui avait passé au pochoir le portrait ci-dessous et à qui il faisait peut-être référence : Walter Benjamin, Bertolt Brecht, Léon Trotsky…? Ou Guy Debord, ou un simple inconnu…?

Mais, finalement, fallait-il identifier – garder une sorte de photo anthropométrique – ce visage mystérieux et anonyme ?

Il cohabitait paisiblement avec Léon Jouhaux qui, lui, avait obtenu, en plus de sa récompense de l’époque, un nom de rue dans la capitale : gloire en plein air, soumise au vent, à la pluie et aux autocollants, voire au déboulonnage un jour, à l’image du tag qui se trouvera bientôt effacé au nom de « la propreté de Paris ».

 rue L. Jouhaux_DH(La photo, prise le 12 novembre, est également agrandissable.)

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