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Le cimetière et la sculpture

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Ce que j’aime dans le film Cemetery of Splendour, du cinéaste Apichatpong Weerasethakul, c’est l’état de véritable hypnose dans lequel il plonge le spectateur, une sorte de rêve éveillé (voir le synopsis et la bande-annonce) avec des plans fixes de feuilles ou de ciel, de salle commune d’hôpital et de terrain vague retourné par des bulldozers sur les monticules duquel des gamins jouent au foot, l’amour entre deux femmes et la musique des paroles de celles qui ne dorment pas et contemplent les soldats étendus, atteints d’une étrange narcolepsie et partis dans des voyages roses et bleus.

Dans ce conte qui oscille, sans avoir l’air d’y toucher, entre la critique politique (l’hôpital comme un îlot de liberté aux paupières fermées dans l’océan de la dictature thaïlandaise) et l’envol onirique (les dessins mystérieux du sous-sol historique), la mise en scène d’Apichatpong Weerasethakul se faufile doucement, sans effets tape-à-l’œil, mais sachant saisir ici ou là le détail signifiant – la goutte d’eau qui envahit l’objectif de la caméra.

Ce film est sans doute soporifique (au sens opiomane du terme), mes deux voisins du dernier rang se sont d’ailleurs endormis pendant sa projection – il dure 122 minutes – et le deuxième en a oublié un paquet par terre (un sac en plastique contenant deux DVD), que j’ai ramassé quand la lumière est revenue ; avant de le remettre à la caisse, j’ai pris par hasard la même sortie que lui, je l’ai reconnu de loin et j’ai pu le héler :

– Monsieur, vous avez oublié ça au cinéma !

– Oh, merci ! Il faut dire que je m’étais endormi pendant le film !

En face du MK2 Beaubourg se trouve l’atelier Brâncusi (entrée gratuite) : on pourrait croire – pour rester dans un domaine proche également de la science-fiction – que le sculpteur donne ici même, par une sorte d’osmose de proximité, des leçons à distance.

Apitchapong2_DH(Ces photos, prises jeudi, sont agrandissables.)

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