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Osez Osiris de vos yeux [4]

« Lorsqu’il affirme que « tous les Égyptiens sans distinction ne rendent pas un culte aux mêmes dieux, si ce n’est à Isis et Osiris » (Histoires, Livre II, 42), l’historien grec Hérodote ne fait que confirmer le changement majeur des pratiques religieuses à partir de la Basse-Époque (XXVe-XXXe dynasties, 715-342 av. J.-C.) que constitue l’extension du culte d’Osiris à travers le pays. A cette époque, les métropoles des quarante-deux régions administratives possèdent toutes un temple avec chapelles dédiées à la divinité, alléguant détenir l’une ou l’autre des parties de son corps. La célébration des mystères d’Osiris constitue alors l’un des événements majeurs du calendrier religieux.

Deux facteurs expliquent le succès de la théologie osirienne. D’une part, l’Égypte est entrée avec le premier millénaire dans une longue période de troubles intérieurs, de menaces extérieures, puis de conquêtes étrangères. De telles incertitudes menèrent vers une certaine sublimation de « la vie après la vie », refuge ultime offert par la théologie funéraire d’Osiris. D’autre part, avec la restauration de la centralisation étatique sous les pharaons saïtes (XXVIe dynastie, 663-525 av. J.-C.), Osiris, aux membres disséminés dans toutes les régions d’Égypte puis rassemblés, en vint à symboliser la cohésion géopolitique retrouvée du pays. Dans ce contexte, les festivités osiriaques du mois de Khoiak, qui se déroulaient avant les semailles, apparaissaient comme le symbole de toutes les « renaissances », politique, agraire et individuelle (dans l’au-delà). Pour les Ptolémées (305-30 av. J.-C.), Alexandre le Grand était l’incarnation d’Osiris et le culte royal s’appuya de plus en plus sur la triade Osiris-Isis-Horus pour justifier idéologiquement son pouvoir.

Outre Dendérah, Busiris, Memphis, Karnak et Abydos, Thônis-Héracléion et Canope comptaient parmi les nombreux centres religieux du pays qui célébraient les mystères osiriaques à l’époque ptolémaique. Et nombre des objets (statues, stèles, bijoux, objets de culte) mis à jour lors des fouilles menées par l’équipe de Franck Goddio proviennent du temple d’Amon Gereb d’Héracléion, où se déroulaient chaque année, du 12 au 30 Khoiak, les importantes festivités dédiées à Osiris. Les prêtres initiés avaient alors pour mission de fabriquer deux statuettes d’Osiris (Osiris végétant et Osiris Sokar) vouées à une transsubstantiation magique, voire alchimique, leur permettant de devenir le corps vénérable d’Osiris. A l’issue des mystères, le seigneur de l’au-delà était mis au tombeau en grande pompe. »

Michel Guay, « Dix-neuf jours de rituels entre Héracléion et Canope », in Osiris, Mystères engloutis d’Égypte, BeauxArts éditions, septembre 2015 (page 50).

Maintenant, le rivage n’est plus très loin, la statue d’Horus protégeant Pharaon se tient dans la dernière salle de l’exposition, juste avant celle où l’on vend catalogues, cartes postales, affiches et « jeu des 7 familles égyptiennes » ; de là on surplombe les nouveaux visiteurs ou pratiquants momentanés du culte osirien – la boucle est un fleuve qui se mord la queue – qui arrivent devant la statue de Hâpy, dieu androgyne et gardien de la crue du Nil.

Le retour à la lumière et au soleil, éblouissants avec les reflets sur les moucharabiehs de l’Institut du monde arabe, nous fait émerger, émerveillés, de ce voyage transhistorique aussi puissant qu’un rêve étrangement concret.

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Osiris32_DH(Sistre et clochettes)

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Osiris37_DH(Thouéris, déesse de la fécondité et de la fertilité.)

Osiris38_DH(Horus et Pharaon)

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Osiris40_DH(Toutes les photos sont agrandissables)

(Omar Faruk Tekbilek, Song of The Pharaos)

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