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« KIZU, À travers les fissures de la ville. »

KIZU_DH(Scan : cliquer pour agrandir.)

J’avais acheté ce petit livre à Lyon, début août, et je l’avais laissé, comme un pauvre prisonnier, dans la pile de ma table de chevet. Il se tenait en devanture d’une librairie de la place des Terreaux et j’avais flashé alors sur sa couverture (1).

C’est seulement dimanche après-midi que je l’ai enfin lu – un trop bref enchantement : Kizu, À travers les fissures de la ville. (Éditions Arléa, septembre 2004, collection « Arléa-Poche » N° 196.)

Je me souvenais que Michaël Ferrier avait publié en 2012 un livre sur Fukushima.

« Kizu est le nom que l’on donne au Japon à la blessure, lésion légère ou plaie tranchante. Griffure, fêlure, coupure, il désigne aussi bien un trouble profond de l’âme que la trace d’un canif sur la table, une entaille à la surface d’un fruit. »

L’indication du titre est ici explicitée, avec sa polysémie. Une rencontre à Tokyo déchire le narrateur et c’est cette expérience qui est soumise à notre regard, à nos yeux qui parcourent les lignes noires sur blanc, présent sur passé.

« Yuko était belle, vraiment belle : on aurait presque pu croire qu’elle ne mourrait jamais. Elle menait à sa manière, naïve, précieuse et un brin agaçante, un combat inégal, mais qu’elle n’envisageait pas de perdre, contre le temps, contre les rides, contre la mort qui rôde. » (page 28).

Ce type de phrase met en évidence le talent de l’auteur, la force et la finesse avec lesquelles il embarque le lecteur dans cette aventure au goût d’inachevé, ce tsunami intérieur qui laissera une trace ineffaçable dans son esprit.

Le livre ne compte que 68 pages : chacune d’elle redouble la vague qui mène jusqu’au tremblement qui vient.

« Emportés par le train dans le grondement des roues, nous siégeons résignés dans le wagon du temps. » (page 47)

Lézardes des maisons, des visages, lézards courant sur les pages, vibrion de l’écriture pourtant retenue : j’ai aimé retrouver ce souvenir lyonnais et le découvrir enfin, découpé, japonais.

« Soudain, les fissures, et le bloc de nos vies se désagrège ou se recompose de tout autre manière, se défait. Les formes, les codes et les lois se trouvent entièrement déréglés ; vous êtes plongés dans une perplexité inextricable et vous sentez que vous approchez sans rien dire d’une insoutenable vérité. » (page 61)

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(1) Une jeune fille à Shinjiku, © B.S.P.I./Corbis

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