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Un tour à la Médiathèque de Combs-la-Ville (Seine-et-Marne)

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Perdu au milieu des livres, à sa gauche il remarquait la couverture d’un épais Joseph Beuys, cohabitant avec L’Art Taïno (musée du Petit Palais), en fait il s’apercevait qu’il s’était installé au hasard dans le carré des artistes – la mort de Guy Béart était peut-être un signe reçu en cours de route vers 13 heures – et il aimait bien aussi le titre de ce volume : Africa Remix et ceux-là, sur l’étagère, Le Bestiaire des pharaons (éd. Perrin) et Le Bauhaus (des lignes bien arrêtées).

La Médiathèque (bâtiment dû à l’architecte Jean Nouvel) de Combs-la-Ville (Seine-et-Marne), côté lecture, n’était pas très grande, huit tables avec chacune deux chaises, il était assis à côté d’une fille qui consultait un ouvrage comportant des planches anatomiques, des écorchés comme à l’époque où ils étaient exposés, sans pudeur, dans les salles de « sciences naturelles ». Dans son dos, il entendait deux lectrices qui chuchotaient : le calme régnait tandis qu’il pleuvait sans discontinuer dehors. Il ne regrettait pas d’avoir demandé s’il pouvait s’installer là avec son ordi plutôt que de poireauter sur le parking, et on lui avait gentiment répondu : « Aucun problème ! » : il était quand même mieux ici pour écrire ces quelques lignes, même si le tambourinement de la pluie sur le toit transparent de la voiture lui manquait tout à coup comme une petite musique de jour.

Les livres qui l’entouraient des deux côtés de cette espèce de large couloir semblaient l’encadrer et l’inviter à venir les feuilleter un à un. Cela aurait pu durer jusqu’à la nuit. A droite, il notait la Figuration narrative, Paris 1960-1972 (sans doute le catalogue de l’expo), un énorme volume sur Zurbaran, un autre sur Vélasquez et puis aussi L’Estampe japonaise et des rayons dédiés à la photographie : William Klein Paris | Klein, Nadar, New York, Roger Pic (il s’était toujours demandé s’il s’agissait d’un pseudo), tant d’autres encore.

Deux filles avaient déjà quitté les lieux, il n’en restait alors plus que trois : en face de lui, l’une d’elles, une jolie blonde, travaillait plutôt sérieusement, un gobelet en carton siglé McDo posé sur sa table et elle consultait très souvent son iPhone bleu clair, avant de reposer, de temps à autre, la tête sur ses bras.

Une affichette représentant Le Cri d’Edvard Munch semblait le dévisager sur le pilier en béton juste en face de lui. Plus loin, dans le même format (mais pas à l’abri derrière une vitre blindée), c’était la Joconde qui lui souriait mécaniquement. On avait imprimé sur les reproductions de ces œuvres d’art la mention : « Intrigué(e) ? Plus de renseignements au secteur adulte de la Médiathèque ». Edvard Munch et Léonard de Vinci n’étaient donc pas à mettre entre toutes les mains.

Dans le silence des bibliothèques, tout le monde n’est pas un agneau, pensa-t-il. Chacun ou chacune y passe librement son temps mais certains livres ouvrent des horizons interdits, des autoroutes spirituelles, des nationales déroutantes, des routes de campagne sinueuses, des sentiers escarpés où les escarpins se voient déconseillés, des chemins de traverse avec des passages à niveau, et parfois des voies sans issue.

Son iPhone se mit soudain à vibrer, comme s’il se réveillait d’un long sommeil. A l’autre bout du sans-fil, une voix étrangère se fit entendre :

– I’m a Syrian Refugee, are they some places to live in Combs-la-Ville ?

– One moment, please, I will call the head of the Médiathèque !

Combs2_DH(Les deux photos, prises hier, peuvent être agrandies.)

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