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« 14 fois vers le même objet »

Ci-dessous, ma contribution, parmi beaucoup d’autres, à l’Atelier de François Bon, intitulé : « back to basics, 3 | 14 fois vers le même objet ».

Ce texte (accompagné de l’image) que l’on trouvera sur le tiers livre, a été écrit, envoyé et publié le 28 juin dernier.

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Semi-remorque Kodak-DH(photo : cliquer pour agrandir.)

Semi-remorque : remorque de semis ?

J’aime que ce mot ait un trait d’union, il représente mon camion préféré.

Au diable, les réformateurs de l’orthographe !

 

Dominer la route en tenant le volant.

Les voitures, vues de la cabine, sont de pauvres moustiques.

Le moteur chante, pas besoin d’allumer l’autoradio.

 

Sur l’autoroute (et jamais d’autocamion ?), le ruban noir avec ses pointillés blancs.

La ceinture de sécurité, les barrières de sécurité, les bandes d’arrêt d’urgence.

En plus de l’airbag, il manque peut-être une bouée de sauvetage.

 

Le pare-brise, piste d’atterrissage mortel pour moucherons, mais papillons si rares.

Le lave-glace nettoiera ce cimetière glacé.

Le semi-remorque : l’un (puissant) tire l’autre (fatiguée).

 

On mange, on fait la sieste, on dort dans la cabine.

C’est un appartement mobile.

Pourvu que personne ne fasse démarrer le camion pendant qu’on rêve sur le parking de la station-service.

 

Les pneus sont énormes, increvables : l’air y est vissé.

Des fils jaunes et rouges relient le tracteur à ce qui est tracté.

Il y a de l’électricité en route.

 

La vitesse est limitée mais le GPS veille aux « zones dangereuses ».

Un rond blanc affiche « 90 » sur le dos de la remorque : les suiveurs peuvent contrôler.

Les arbres défilent à une cadence uniforme.

 

Partout, maintenant, des éoliennes : un château en forêt.

J’imagine l’une d’elles sur le toit du camion, l’écologie au-dessus de la tête du conducteur.

On pense à un Don Quichotte moderne.

 

RTL nous bassine (à part ses émissions nocturnes de rock).

Le semi-remorque aime s’arrêter tous les 300 km, le chauffeur aussi.

Les restaurants « Routiers » ont quasiment disparu : dommage, on se retrouvait entre travailleurs pour discuter de nos centres d’intérêt.

 

Il s’est quand même trouvé un ingénieur pour penser à placer en hauteur les distributeurs de tickets d’autoroute pour nos engins surdimensionnés.

Hélas, plus de jolies filles pour délivrer le droit de franchir le péage : robotisation, Vinci a vaincu.

Elles nous souriaient, cela encourageait à continuer de rouler.

 

La nuit, mon semi-remorque est garé parallèlement à une trentaine d’autres.

Ce sont comme des navires venant d’accoster.

On entend alors parfois des bruits dans les couchettes des cabines.

 

Il ne m’a pas coûté cher et je n’ai pas de traites à payer.

Il m’obéit au doigt et à l’œil, il m’accompagne tous les soirs, sur une étagère de la chambre, dans la nuit tourmentée.

C’est un semi-remorque « Dinky Toys » jaune, avec l’inscription « Kodak » en rouge sur le toit amovible.

DOMINIQUE HASSELMANN

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