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Back to Bacon – 2 –

« Tout devient aérien dans ces triptyques de lumière, la séparation même est dans les airs. Le temps n’est plus dans le chromatisme des corps, il est passé dans une éternité monochromatique. C’est un immense espace-temps qui réunit toutes choses, mais en introduisant entre elles les distances d’un Sahara, les siècles d’un Aiôn : le triptyque et ses panneaux séparés. Le triptyque, en ce sens, est bien une manière de dépasser la peinture de « chevalet » ; les trois tableaux restent séparés mais ils ne sont plus isolés ; le cadre ou les bords d’un tableau renvoient, non plus à l’unité limitative de chacun, mais à l’unité distributive des trois. Et finalement, chez Bacon, il n’y a que des triptyques : même les tableaux isolés sont, plus ou moins visiblement, composés comme des triptyques. »

Gilles Deleuze, ibid supra (page 81).

La couleur, à l’instar de ce pourpre qui est comme la poupe du rouge, de ce rose qui caresse voluptueusement le spectateur, unifie les tableaux de Francis Bacon tout en n’étant pas un prétexte mais bien peut-être la matière même de la représentation.

Elle s’étale par-dessus le sujet, elle l’enveloppe, le transforme (d’où ces Figures au nez qui semble tordu, comme dans un Picasso, ou bien le dédoublement qui semble venir de notre vision troublée), elle le rend à une sorte d’insignifiance parlante, à bas bruit, et dans son rythme propre, souterrain mais éclairé.

Par exemple, l’homme au chapeau – allusion à Magritte ? – n’est pas perdu pour tout le monde : son quotidien le rattache non seulement au triptyque mais à un univers de rêve plus grand que la réalité, à une suspension, à une fixation dans l’éphémère de sa condition humaine et peinte, donc figée dans son mouvement même et par là transportée dans l’éternité du regard qui la fait vivre, ne serait-ce qu’un instant.

(Triptych 1986-1987)

(Œdipus and the Sphinx after Ingres, 1983)

(Study from the Human Body, 1981)

[photos : cliquer pour agrandir.]

[ ☛ à suivre ]

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