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Étape aux estampes, à Gravelines dans le Nord – 4 –

En descendant au sous-sol de la poudrière du musée de Gravelines, je pense : quel lieu mieux choisir que celui-ci pour l’exposition temporaire posant la question : Graver la guerre ?

Un calme complet règne dans l’espace rectangulaire : seules les images accrochées aux murs – comme collées au poteau de l’Histoire – semblent faire entendre le bruit, le ronflement, le tambour assourdissant du canon, de la mitraille, des mitrailleuses, des fusils Lebel ou Mauser, et les hurlements muets des soldats français et allemands (la bonne étoile ou la balle au front), séparés les uns des autres par des tranchées à prendre ou à laisser et des barbelés à découper ou à embrocher.

Qu’il s’agisse de Steinlein avec son coup de crayon rapide, de Georges-Léon Bruyer qui prouve avoir inventé la bande dessinée de guerre avant Tardi, de Félix Vallotton, définitif dans l’immobilisation de l’expression de l’effroi, de Jean-Émile Laboureur, cubiste avant la lettre (sa veuve extraordinaire raconte ses souvenirs en vidéo, avec un visage étrangement buriné…), d’Oscar Graf, dessinateur allemand implacable, ou de Félix del Marle, observateur sans concessions des « planqués de l’arrière », chaque artiste, même au plus fort des combats, a su prendre le recul nécessaire pour représenter l’immense carnage de 14-18 et témoigner ainsi, de manière artistique, pour l’avenir.

En sortant, nous remontons à l’air libre. Un gardien nous accompagne et nous ouvre gentiment (il ne reste plus qu’un quart d’heure avant la fermeture) la « casemate du pilier » qui s’enfonce sous l’un des remparts de Vauban et où se tient l’autre exposition, Jean Roulland, dessiner la chair.

Devant la statue du grand Christ de Verdun (2,45 m de haut, 200 kilos) puis ces théories de têtes avec masques à gaz et yeux exorbités, je suis comme pris de stupeur et j’en oublie de faire la moindre photo.

Puis, le gardien nous décrit le plan-relief de Gravelines et ses errances passées ou futures, il évoque Pierre Mauroy quand il fit déménager tous ceux conservés à Lille pour une exposition monumentale à Paris qui était (je m’en souviens) en tous points remarquable.

Une fois encore, nous ressortons de ce souterrain et j’imagine les Poilus quittant leurs casemates : dehors, le ciel arbore déjà moins son bleu horizon.

Rentré à Paris dimanche soir, je peux me brancher désormais sur une des nombreuses webcams de Gravelines qui montrent à quoi peut ressembler un temps de paix frôlé par la mer.

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Gravelines29_DHThéophile-Alexandre Steinlein (1859-1923), Sans titre, 1916, et Vous en faites pas ! nous on s’en fait pas !, 1918. Gravelines30_DHGeorges-Léon Bruyer (1883-1962), Sans titre, 1917, issues d’un ensemble de 24 estampes, gravure sur bois en couleurs.

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Gravelines32_DHFélix Vallotton (1865-1925), Dans les ténèbres, pl. IV, de l’ensemble C’est la guerre !, 1916, gravure sur bois.

Gravelines33_DHJean-Émile Laboureur (1877-1943), ensemble Images de l’arrière, 1918, gravure sur bois.

Gravelines34_DHOscar Graf (1873-1957), ensemble Kriegs Radirungen (Eaux-fortes de guerre), 1914, 1915, eau-forte.

Gravelines35_DHFélix del Marle (1889-1952), Pas si fort !!!!… On va vous entendre du front !!!!, 1917.

Gravelines36_DH(Toutes les photos peuvent être agrandies.)

(La chanson de Craonne, interprétée par Marc Ogeret)

 [ ☛ FIN]

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