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Trames d’un court voyage dans l’Est = 21 =

Comme parallèlement aux malheurs de la guerre, Goya « croqua » des combats de taureaux avec leur cruauté et parfois leur panache trempé dans la sanguine. Je ne me suis pas attardé sur ces joutes dont notre Premier ministre est fanatique. Désireux de se faire l’historien de cette « tradition » espagnole, Goya en montra toute la dimension, à la fois héroïque et cruelle, mimant ainsi d’autres combats dans d’autres arènes plus ouvertes en forme de champs de bataille ou de fosses communes.

Après Los Chinchillas, je remontai à contre-sens les salles pour retrouver cet étrange et fascinant tableau d’une assemblée de sorcières où l’imagination libre du peintre s’en donne à cœur-joie.

La galerie terminale détaille dans sa perspective l’existence bien remplie de Goya, et la dernière salle projette un sombre film de Philippe Parreno, La Quinta del Sordo (2001), qui est consacré au peintre, dans une salle hélas vraiment exiguë.

« Goya est toujours un grand artiste, souvent effrayant. Il unit à la gaieté, à la jovialité, à la satire espagnole du bon temps de Cervantes, un esprit beaucoup plus moderne, ou du moins qui a été beaucoup plus cherché dans les temps modernes, l’amour de l’insaisissable, le sentiment des contrastes violents, des épouvantements de la nature et des physionomies humaines étrangement animalisées par les circonstances. C’est chose curieuse à remarquer que cet esprit qui vient après le grand mouvement satirique et démolisseur du XVIIIe siècle, et auquel Voltaire aurait su gré, pour l’idée seulement (car le pauvre grand homme ne s’y connaissait guère quant au reste), de toutes ces caricatures monacales, – moines bâillants, moines goinfrants, têtes carrés d’assassins se préparant à matines, têtes rusées, hypocrites, fines et méchantes comme des profils d’oiseaux de proie ; – il est curieux, dis-je, que ce haïsseur de moines ait tant rêvé sorcières, sabbat, diableries, enfants que l’on fait cuire à la broche, que sais-je ?, toutes les débauches du rêve, toutes les hyperboles de l’hallucination, et puis toutes ces blanches et sveltes Espagnoles que de vieilles sempiternelles lavent et préparent soit pour le sabbat, soit pour la prostitution du soir, sabbat de la civilisation ! La lumière et les ténèbres se jouent à travers toutes ces grotesques horreurs. Quelle singulière jovialité ! »

Baudelaire, Œuvres complètes, II, Bibliothèque de la Pléiade, 1976, texte établi, présenté et annoté par Claude Pichois (page 568).

Après cette visite artistique, nostalgie durant le retour en tram vers Bâle dans un doux balancement métallique.

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(Los Chinchillas, 1797-1799.)

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(El aquellarre, 1797-1798.)

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(Images du 1er novembre. Cliquer pour agrandir.)

(Miles Davis, The Pan Piper)

[ ☛ à suivre ]

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