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Par-dessus le toit et moi

Avion 14.4.23_DH

(Paris, 10e, 14 avril, 07:51.)

Je l’avais entendu de loin et je l’ai aperçu qui passait juste par-dessus le toit et moi, je me suis dit : « Tiens, c’est bizarre, il ne prend pas la route normale, en frôlant presque les immeubles parisiens, de tous les avions de ligne qui volent bien plus haut et jamais dans cette direction… ».

Pourtant, ce n’était pas l’hélico habituel qui pratique le vol « stationnaire » au-dessus de la place de la République en cas de grande manif, ni les engins volants du Samu (bruyants mais sans sirènes) transportant des malades ou des blessés vers les quelques hôpitaux équipés de plateformes d’atterrissage.

Ou alors je n’avais jamais repéré, en plein jour, cette destination ; pourtant ce n’était pas un jet privé ou un Falcon élyséen ni un « Airbus One », mais eux ils se posent plutôt à Villacoublay.

J’aurais pourtant aimé être à l’intérieur de cette carlingue, survoler de plus près Paris, ses terrasses « végétalisées » surplombant des rues parcourues par des manifestants n’ayant toujours rien compris à la formidable « réforme des retraites » dont le Président venait de nous expliquer lundi soir à la télé, malgré le concert de casseroles couvrant son discours enregistré et ânnoné sur un prompteur, la colère qu’il avait « entendue », mais surtout, en seulement quelque cent jours, « l’accélération » qui allait être soudain donnée à d’autres sujets jusqu’alors annexes : l’indépendance à sauvegarder (voir Chine et Russie), le « travail » à coupler sans doute plus fermement avec la famille et la patrie, l’inflation gonflante, le réchauffement climatique peu brûlant, les « revenus » sous la cote d’alerte,  les services publics à remettre dare-dare sur rails, l’Éducation nationale à rendre plus attractive et sélective, le secteur médical à réoxygéner, les entreprises à exonérer, le chômage à compresser (par les stats) – sans parler d’ailleurs (faute de temps) de la pauvreté à éradiquer en un tournemain, des SDF à éliminer (de notre vue) par enchantement, des automobiles à ralentir, des start-up à booster, de la culture à redéfinir… : vaste programme au style tout à fait électoral.

Le fameux « apaisement » faisait plaisir à voir tous azimuts.

Madame Borne n’en menait cependant pas large, même si, dans un mois, dans un an, elle irait vraisemblablement « pantoufler » – comme son prédécesseur Castex mis dans la cabine de conducteur en chef de la RATP – à la tête d’un grand service public (le problème de l’eau semblait un bon « sujet ») ou d’une société privée pleine d’avenir : chez LVMH elle pourrait s’habiller autrement.

Le ciel était presque redevenu si bleu, si calme.

D.H.

(Ahmad Jamal, Poinciana, live à L’Olympia, Paris, 9.11.2012)

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