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Expo à domicile (Magritte)

(Cliquer sur l’image et le petit haut-parleur.)

Il y a quelque temps, je m’étais amusé à faire un montage bâclé de lettres sur le nom de Magritte, l’auteur du tableau ci-dessus qui date de 1937 et porte pour titre No to be reproduced (Museum Boymans-Van Beuningen, Rotterdam).

Évidemment, sur la vidéo de 6 secondes (envoyée le 11 août sur Twitter), on n’a pas le temps de déchiffrer – sauf si l’on connaît l’œuvre – ce qu’est le livre qui est posé sur le rebord en marbre de la cheminée surplombée par la glace où se reflète \\ de manière surréaliste // le personnage habillé de noir.

Il s’agit des Aventures d’Arthur Gordon Pym (1833), d’Edgar Allan Poe.

La conflagration (belle « comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie ! », dirait Lautréamont) entre l’homme qui se voit de dos et un exemplaire de littérature fantastique s’imposait : l’aventure est alors non seulement circonscrite à l’intérieur du cadre donné mais à l’extérieur puisque le livre montré (à l’endroit) raconte un long récit d’exploration.

Dans ce tableau, le stade du miroir est ici poussé à son paroxysme : nous observons quelqu’un qui se regarde dans une glace (l’encadrement doré détermine un entourage désuet et hors du temps) et s’aperçoit de dos, comme si l’image qui lui était renvoyée (en boomerang) le frappait par derrière et non de face.

Spectateurs nous-mêmes, nous nous demandons si nous sommes bien placés là où il faut ou si cette vision spéculaire ne serait pas finalement un trompe-l’œil : le tain de la glace jouerait un drôle de tour à celui qui se risque ou s’aventure à se précipiter sans précaution en son sein.

Depuis Cocteau, on sait bien que les miroirs devraient « réfléchir » avant d’accomplir leur tâche mais ici, comme chez Poe, la figure saisie dans le verre – ou le tapis (1) vertical et transparent – n’est pas celle attendue. Un événement se produit dans l’image reflétée, un retournement sans prendre de gants, un décalage, un renversement qui remet en question la représentation que nous pouvons échafauder, en temps normal, de nous-mêmes et des autres.

Le peintre devient soudain démiurge, son art magique (titre d’un livre d’André Breton) exprime l’évidence : celui qui tient ici le pinceau dispose de la baguette taillée dans le même adjectif.

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(1) Lire dans la revue Transatlantica (2013) l’analyse perçante de Thomas Constantinesco du texte « The Philosophy of Furniture » (1840) d’Edgar Allan Poe où celui-ci relève, pour les USA, « the exaggerated employment of mirrors » ainsi que l’abondance des tapis multicolores proches du kaléidoscope : « Positionné de la sorte, le miroir n’offre pas au sujet l’image rassurante de lui-même, ni ne confirme son identité, car celle-ci n’a rien de stable. S’il reflète quoi que ce soit, ce sont d’abord les arabesques qui ornent les murs, ces arabesques qui ne représentent rien d’identifiable ou de déterminé (« cycloid figures of no meaning ») et qui sont, de ce point de vue, des figures de la différence. Ce qui apparaît dans le miroir et ce que donne à voir « The Philosophy of Furniture », c’est l’image vide d’un soi absent à lui-même qui refuse d’ouvrir les yeux de peur de ne pas se reconnaître. »

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