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Dans les entrailles

(photo du 6 avril. Cliquer pour agrandir.)

Descendre dans les entrailles (pourquoi ce vocabulaire de boucherie ?), dans le gouffre, dans les profondeurs, en plein milieu d’un possible magma que l’on découvrirait à la fin, bouillonnant comme à la surface d’un cratère soudain réveillé, se laisser porter de plus en plus bas par l’escalator – plutôt une sorte de décélérator – qui bringuebale vers on ne sait où, il est impossible d’apercevoir les tags rouges ou bleus sur la façade des marches dans ce sens-là, on manque de lecture, il faut tenir sa droite des fois qu’un spéléo voudrait nous doubler en vitesse, la mécanique couine, grince, gémit, se plaint mais fait son office, un jour elle sera bloquée pour être graissée, pour le moment elle accomplit sa tâche sans rechigner, elle ne songe pas à se mettre en grève, elle est soumise au bon  vouloir des ordres venus d’en-haut, elle déroule son serpent sans fin qui doit produire une sorte de huit dans le genre Moebius – mais ce n’est pas une bande dessinée – pourtant la boucle est bouclée de manière souterraine, les lames coupantes ressemblent à des rails « soutenables » (comme dirait le Hulot gouvernemental), elle s’imbriquent les unes dans les autres, tout est calculé au millimètre, on admire l’ouvrage finement tissé (ce n’est pas la tapisserie de Bayeux que la ministre de la Culture voudrait faire voyager), le fer n’a pas servi qu’à la tour Eiffel, des architectures cachées sous le sol parisien se déplient et se déploient sans compter leurs heures de travail, des passagers par milliers les piétinent mais pas violemment, des jambes et des pieds surfent parfois légèrement sur leurs plateformes, la rampe défile à la même vitesse, la main ne bouge pas sur le caoutchouc noir et accueillant, la direction est verticale, elle file comme une flèche qu’il suffit de suivre, la vague descendante nous emporte inéluctablement vers une aire d’atterrissage, les saccades font penser au code Morse -.- il s’agit bien d’une pure logique pour une station de métro qui s’affiche sous le beau nom de Télégraphe.

(John Coltrane Quartet, Spiral)

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