Archives de Catégorie: danse

Musique philharmonique et danse (sacrée ?)

Sous le titre « Le Sacre et ses révolutions », la Philharmonie 1 (la Cité de la Musique ayant été baptisée Philharmonie 2) a présenté samedi soir un « spectacle » où les trois pièces musicales, placées sous la baguette (oui, il l’utilise encore) de Michel Tabachnik, qui dirige le Brussels Philharmonic, étaient agrémentées de ballets créés par Jean-Claude Gallotta.

La musique peut-elle encore exister toute seule ? Il semble que oui. Certains ont pourtant imaginé que l’on pouvait projeter des vidéos derrière les musiciens, ou faire danser des couples en nombre devant l’orchestre.

On pourrait imaginer aussi des ballets sans musique, des films sans images (Guy Debord l’a fait), des photos sans grain (ça existe !), des chansons sans paroles, des symphonies sans début ou fin, des tableaux sans couleurs (on en trouve !), des pièces de théâtre sans texte, des sculptures sans objet, des minutes de silence (un Américain les a mis en cage).

J’aime la nef construite par Jean Nouvel (elle me fait penser à la Philharmonie de Berlin). Mais je me suis demandé ce qu’apportaient finalement les ballets accolés à ces œuvres musicales : car Xenakis se défend tout seul, Webern n’a rien à voir avec Angela Davis (surtout en modèle réduit), et Stravinski en a connu d’autres.

Heureusement, leur musique, leur fougue, leur tonnerre, leurs éclats, leurs révolutions (oui, d’accord) éclatent toujours, même si l’orchestre a été repoussé au fond de la scène pour laisser libre cours aux gambades, courses échevelées et diverses contorsions qu’imposent à l’attention – au détriment d’une écoute concentrée – ces coups de ballet ininterrompus sauf par les applaudissements à la fin (on salue certes la performance physique de l’exercice).

Pourtant, on peut toujours fermer les yeux durant le « spectacle » (1 h 40), c’est peut-être le meilleur moyen d’entendre la musique.

J’ai repensé alors aux mises en scène d’Anne Teresa De Keersmaeker (représentations vues notamment au Festival d’Avignon en 2010 et 2011) où le geste précis, rigoureux, beau et inventif de la danse n’est pas simple démarcation ou redondance de l’expression sonore choisie.

Peu après le concert, Michel Tabachnik (je me suis souvenu de L’Ordre du Temple solaire, vieille histoire) vendait lui-même, derrière une table, les CD de ses enregistrements.

Plus tard, dans le métro pris porte de Pantin, j’écoutais le bruit de la rame dans les virages : une sorte de musique contemporaine dansait toute seule, librement, sur les rails.

Phila1_DH

Phila2_DH

Phila3_DH

Phila4_DH

Phila5_DH

Phila6_DH

Phila7_DH

Phila8_DH(Cliquer pour agrandir les photos.)

(Anton Webern, Six Pieces for large Orchestra, op. 6 (1928), conducted by Zubin Mehta)

Tagué , , , , , , , , , ,