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Un saut de puce à Pigalle [2/3]

Ces trémulations, sifflements, grincements, basculements, bousculades, tangages, virages, arrêts imprévus (« veuillez patienter quelques instants, nous allons bientôt repartir »), ce serpent caparaçonné qui navigue entre des arches métalliques à la Gustave Eiffel avec leurs gros boulons rassurants, ce chemin de traverse ou de travers qui surplombe bus, voitures et passants au compte-goutte, tout créée ici rythme, emballement, surgissement, comme le sang qui circule dans nos artères (l’autre nom des avenues) : nous voguons pour un moment dans les airs, nous frôlons d’autres humains en bas mais séparés de nous par des vitres un peu sales, nous sommes en retrait, à distance, le « plafond de verre » est parallèle à eux tous, nous les observons dans l’anonymat d’un voyeurisme soft et simplement curieux, ils vont leur vie, nous allons la nôtre, jamais nous ne les stopperons dans leur déambulation à la destination inconnue.

Et ensuite, une fois descendus du scenic railway à la station Pigalle, nous les croiserons sans surprise, sur le trottoir où l’on trotte gentiment, avec juste un regard parfois échangé et c’est terminé, nous ne les verrons plus jamais, au grand jamais.

L’existence est un carrefour ambulatoire, circulatoire, au désespoir inclus : le signal d’alarme est hors de portée, sauf peut-être musicale.

(photos : cliquer pour agrandir.)

(Duke Ellington, It don’t mean a thing)

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