Retour vers la Côte (sauvage)

Je descendais l’avenue Parmentier (Paris, 10e), il y a quelques jours, et je passais devant la librairie L’Odyssée avec ses livres d’occasion exposés à tous vents – mais pas dans une boîte verte au bord de la Seine.

Je feuilletais machinalement les couvertures se dissimulant les unes aux autres et tombais en arrêt sur La Côte sauvage de Jean-René Huguenin (Points N°119, septembre 1995).

Un souvenir afflua : j’habitais alors dans le 12ème, avenue du Général-Michel-Bizot, c’était en 1984, je crois. Un jour j’avais été attiré par une petite annonce (c’était encore l’époque des « clavistes ») dans Libération, que j’achetais tous les matins chez le marchand de journaux situé juste en face de mon immeuble.

Une fille y publiait quelques lignes pour dire qu’elle cherchait ce livre introuvable de Jean-René Huguenin et qu’elle était prête à l’acquérir contre l’offre de deux ou trois disques 33 tours de jazz. Comme j’avais chez moi La Côte sauvage en Livre de poche, je lui téléphonais, elle vint, on fit l’échange, elle était ravie et il ne me restait plus qu’à écouter ses vinyles.

Depuis, je n’avais pas relu ce roman ni tenté de le racheter, son impression persistante me suffisait. Et puis, ce vendredi 13, il était de nouveau là, il m’attendait : 2 euros le souvenir.

« Tout coup la lumière paraît sourdre des profondeurs de la mer, une lumière sans ombre, le reflet d’une clarté dans un miroir ; ce n’est plus la nuit qui tombe : on dirait qu’un nouveau jour se lève. Léger, éprouvant sa légèreté jusqu’au vertige, il semble à Olivier pouvoir toucher les arbres, la robe, la plage, sans bouger – le moindre mouvement rétablirait la distance – et même percevoir le lieu invisible où les arbres, la robe, la plage se confondent : il voit l’espace, l’espace à l’état pur.

– Olivier, il faudrait rentrer. Tu sais qu’il est très tard ? » Elle hésite. La mer paraît s’éteindre. « Je voudrais bien commencer à faire mes valises…

– Tu vois ce port ? Je suis sûr que jamais plus nous ne le verrons ensemble…

– Oh… Olivier ! Tu serais sûr de n’importe quoi, pour le plaisir de désespérer. »

(pages 135, 136)

(les trois photos sont agrandissables d’un simple clic.)

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