D’un labyrinthe noir et/ou lumineux ======= 4/5 =======

L’énigme se tiendrait peut-être là (on ne peut garantir sa résolution) : dans le fil ténu qui raccorde aujourd’hui et hier, l’histoire et son pré d’où elle jaillit.

Cette mince frontière, qui s’élève comme celle qui sépare le conscient et l’inconscient, se révèle ainsi dans le tableau fascinant d’Óscar Dóminguez (photo N°7). Le pêcheur semble ici à la recherche de la réalité, le poisson attendu sera bientôt matérialisé au bout de son hameçon puis, une fois grillé, dans son assiette. Sous lui – dans cette « cave » de Ganges – s’exprime un monde de fantaisie baroque, échevelée, où les corps s’enchevêtrent au sein du lupanar imaginaire, terrain de jeux des pensées éthérées ou lascives, fumées ou avalées, joutes nocturnes et érotiques dépassant le permis et le convenable non alors codifiés.

Une fois pénétrée puis appropriée, la grotte cachée, ornée d’images ou de gravures rupestres, montre l’image inversée du monde « d’en haut » : obscurité versus lumière, enfermement opposé à l’espace libre, l’ombre au soleil. L’humanité en petit nombre paraît sommeiller dans les limbes, dans les salles glacées et les couloirs noircis où les stalagmites tentent d’imiter les colonnes des futures cathédrales. L’artiste – qui ignore son statut – dessine et colorie sur des surfaces non réservées aux graffiti autorisés. Obsédé, il sculpte des « Vénus » par dizaines.

L’homme préhistorique possède déjà les qualités que nous reconnaissons à nos semblables : il aime laisser des trace de lui sur les parois cavernicoles ou dans des inventions à la Rodin. Il sort du monde souterrain pour affronter les éléments indomptables. Il connaît les soubresauts climatiques bien avant Donald Trump. L’art, sans même qu’il le devine, l’aide à vivre.

(Henri Breuil, relevé de différentes grottes…)

(Óscar Dóminguez, Cueva de Ganches, 1935.)

(Jean Fautrier, L’Écorché, 1944. Photos : cliquer pour agrandir.)

[ ☛ à suivre ]

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15 réflexions sur “D’un labyrinthe noir et/ou lumineux ======= 4/5 =======

  1. brigetoun dit :

    les images fascinantes, le Fautrier comme conclusion (pour cette étape) et « la grotte cachée, ornée d’images ou de gravures rupestres, montre l’image inversée du monde « d’en haut  » (et tout le texte en fait)

  2. Arlette Arnaud dit :

    Pour vivre et survivre un instinct primaire d’exister …force jaillissante

  3. @ brigetoun : « L’armée des ombres » sous ses différentes facettes… 😉

  4. @ Arlette Arnaud : merci pour votre passage. 🙂

  5. PdB dit :

    rencontre avec l’ami Fautrier – un habitué des Métronomiques et autres… (faire voisiner l’abbé Breuil et Oscar Dominguez (désolé pour les accents), c’est de l’ordre du parapluie et de la machine à coudre, ça… ! :°))

  6. bon alors, finalement, c’est l’homme préhistorique qui raconte l’art surréaliste ?
    très beau texte

  7. Francesca dit :

    Merci pour ce beau texte très éclairant et les photos…

  8. Aunryz dit :

    Ici encore le texte aide beaucoup celui qui cherche à se rapprocher des oeuvres.
    J’aime beaucoup le climat produit par ces photos.
    Et bien sur
    toutes les oeuvres qui n’ont pas d’auteur (sourire)²

  9. Robert Spirer dit :

    Alain Testart, anthropologue, a émis l’hypothèse que l’art pariétal était l’expression d’une pensée totémiste :
    – classification des animaux par espèces (car représentés avec précision et sans représentation du milieu)
    – hommes mal différenciés des animaux, se classaient en divisions sociales (représentation schématique des êtres humains, dénuée de valeur esthétique)
    Je ne sais pas si c’est très clair.🙂 Je schématise tout un chapitre de « Avant l’histoire – L’évolution des sociétés de Lascaux à Carnac. »

  10. @ Robert Spire : Ils n’avaient sans doute pas suivi les cours de l’École des Beaux-arts…
    Toutes les interprétations sont libres, et c’est parfait : l' »énigme » peut ainsi demeurer comme une grotte inviolée.
    « Totem et tabou » ? 🙂

    • Robert Spire dit :

      Cette période artistique s’étend sur plusieurs milliers d’années, ils ont eut le temps de créer des « écoles » d’apprentissage.😊
      Au début de ses bouquins, Testart reste prudent en prévenant le lecteur que les spécialistes du paléolithique ignorent 95% de la vie des hommes de l’époque. Le reste provient essentiellement des « poubelles » qu’ils ont laissées, les archéologues ne peuvent donc pas connaître avec exactitude l’évolution de certains outils ou objets , etc…qui se transmettaient et de transformaient de générations en générations. Il reste beaucoup de place au mystère et à notre imagination.

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