Alors, on s’en jette un ?

(photo du 10 mars. Agrandir.)

On serait à califourchon, la bouteille de Mezcal ouverte, alors, on s’en jette un ?, et les parfums qui enivrent le Consul, sous le volcan pourtant très éloigné de Reykjavik, saveurs exotiques, silhouettes ultramarines, les eaux paraissaient indigo ou émeraude, on pourrait faire la fête même chez soi puisque le carnaval à Marseille – « en extérieur on peut faire tout ce que l’on fait en extérieur ! », répète le ventriloque gouvernemental – ne correspond pas aux critères du spécialiste Christian Estrosi, l’amusement c’est terminé, « restez confinés dehors » alors qu’avant c’était « dedans », la valse à mille temps de l’aréopage élyséen et matignonesque, avec ses maquignons et ses mirlitons, une véritable troupe de théâtre aux armées, la seringue au ceinturon et le masque sous le nez, un grand bazar permanent, tous les jours on y trouve tout, La Samaritaine ressuscitée plus tôt que prévu sans l’aval du magnat François Pinault, les quais remplis d’une foule riante et insouciante, « les jours heureux » de retour annoncés par Olivier Véran, toujours reprendre les formules du maître et ne plus parler désormais de « confinement », la consigne a été passée, les éléments (ou aliments) de langage bien répertoriés, on doit réciter le mantra d’une seule langue de bois, oui, c’est « un pays qui se tient sage », et après 19 heures, c’est plus l’heure, dans la journée on va appliquer la « stratégie du bol d’air » (Journal du dimanche, 21 mars) prônée, décrétée, insufflée, expirée par Emmanuel Macron, notre bien-aimé Président qui a l’onction du Pape et la componction d’un prélat, sauf quand il sort de ses gonds avec quelques prolos auxquels il enjoint de traverser la rue pour trouver du boulot ou de bosser pour se payer un costume comme celui qu’il porte mais fait sur mesures, alors chacun regagne son domicile le soir, après quelques courses de subsistance, on n’a pas un cuisinier sur place comme dans le HLM de la rue du Faubourg Saint-Honoré, il faut aller faire la queue aux caisses des U Express, Biocop ou Naturalia, par contre les métros sont bondés, le Covid_19 a bon dos, faites donc du distanciel quatre jours sur cinq (les éboueurs approuvent),  la valse des vaccins pas livrés nous fait tourner la tête, « Mourez, nous ferons le reste ! », et Roselyne Bachelot, ministre de l’Inculture, non contente de décerner la Légion d’honneur au chanteur de « Ne m’appelez plus jamais France » et d’aller à une soirée sélect de l’Opéra Bastille, se récolte le Covid-19 alors qu’elle s’était presque dépoitraillée pour nous montrer qu’elle se faisait vacciner (la deuxième dose d’Astrazeneca n’a pas dû lui être administrée), ces Guignols tous les jours occupent les antennes (difficile pourtant de remplacer l’émission de Canal +), les pages des journaux, les sites Internet, c’est une « série » de plus, on aura besoin, une fois leur ronde terminée, d’aller « en thérapie » pour expulser ou dégueuler tout ce brouet politique, cette soupe quotidienne du « stop and go » car nous sommes une « start-up nation », cette pantalonnade permanente, ces ordonnances, ordres, décrets, autorisations, permissions, menaces, interdictions, PV à 135 euros (pourquoi pas 136, ça rappellerait trop le Front populaire ?), admonestations, mises en garde (à vue s’il le faut), le bâton et la carotte, la LBD lanceuse bientôt de balles peinturlurantes et la bouffe garantie SGDG – à quand le menu obligatoire, on a failli nous l’imposer pour Noël ! – et ces cafés, ces restaurants, ces magasins fermés, au gré des humeurs de Jean Castex et Bruno Le Maire, malgré les « gestes barrières » mis en œuvre, les programmes débiles de la télé dite de « service public », les débats sur les « chaînes d’info » avec uniquement des représentants de droite ou d’extrême droite, et toujours les mêmes syndicalistes policiers défendant Gérald Darmanin, l’homme au-dessus de tout soupçon (promu en fait « ministre de l’Extérieur » !), voilà donc qu’une épaisse chape de plomb s’est abattue sur l’expression libre et en public, romanesque, poétique, musicale, picturale, cinématographique, dramatique, circulaire… le « couvre-feu » du temps de « guerre » transformé en couvre-pensée, mais maintenant les théâtres sont occupés, les cinémas suivent l’exemple, un jour, peut-être, le minuscule roi en son palais fera un cauchemar au milieu d’un rêve des Mille et Une nuits, et il sortira tout à coup de son sommeil dogmatique en tapant de ses petits poings bagués et en hurlant : « Maman ! »

(Herbie Hancock, Cantaloupe Island)

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14 réflexions sur “Alors, on s’en jette un ?

  1. Matatoune dit :

    Au moment où on parle de  » chambre de colère » disponible pour des salariés épuisés, voici une bien belle façon de l’exprimer. Pour moi, ce n’est pas un roi qui appelle sa maman mais un petit marquis qui trépigne en bougeant son hochet, sinon je ne pourrai dire mieux ! 🥂

  2. brigitte celerier dit :

    on savait depuis le début que c’étaient des clowns tristes (et vous avez quelques jolies formules pour récapituler, même s’il en manque, ils ont tellement produit, par exemple les délicieux contrat à durée indéterminée à durée limitée ce qui est tout de même une belle performance) mais là il deviennent un peu trop cruels – dépassés sont les pauvres chers et découvrent que les mots ne sont pas tout.

    • @ brigitte celerier : Je me demande si tout cela ne relèverait pas d’une haute « stratégie » bien cachée : celle de faire rire les Français, de les amuser par toutes sortes de moyens… afin de leur faire oublier la réalité pandémoniale et mondiale.
      En réalité, le clown Macron tirerait les ficelles de ce « petit théâtre » (faute d’un Jacques Martin disponible) qui, tous les jours, invente un nouvel épisode comique qui sert de cataplasme à la souffrance populaire… 🙂

  3. Francesca dit :

    En tout cas, les mots, toi, tu les manies à l’aise et merci pour ça !
    Ce soir sur Arte, voir le formidable docu sur la Commune…

  4. PdB dit :

    À la santé aussi de ce sacré et impayable Blanquer (mais tellement de toute cette clique)… et merci pour l’île hancockienne

  5. Godart dit :

    Brillantissime votre texte. « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément ». Vous avez fait le tour de la question, votre texte est une forme de résistance à cette communication gouvernementale qui navigue entre loufoquerie et amateurisme pédant.

    • @ Godart : Merci, c’est gentil !
      Mais je n’ai fait que suivre mes doigts sur le clavier puis rajouter quelques liens pour « égayer » le texte !
      Il est vrai que cette pseudo « communication » (maintenant ramassée sous forme de slogans pour « mal-comprenants ») ressemble à une sorte de sinusoïde hystérico-politique qui finirait par donner le tournis si l’on n’y prenait garde, et on viendrait alors surencombrer les hôpitaux psychiatriques qui commencent à en ressentir de plus en plus, paraît-il, les effets secondaires nauséeux… 🙂

  6. Robert Spire dit :

    La complainte du Marseillais :
    « I prefer not to » me confiner in extérior.
    « I prefer not to » écouter Jupiter et son Castor.
    « I prefer not to » me tester ou attester.
    « I prefer not to » m’astrazénéquer.
    Je fais mon « Bartleby ».
    Je fais mon « Bartleby ».
    A la Saint Darmanin je fais le malin
    Je vais au Carnaval avec mes gamins.
    Tra la la la
    Tra la la la la la! 😄
    (Joli texte, Dominique)

  7. @ Robert Spire : c’est « Bartlebis » ?
    En tout cas, Marseille a eu son carnaval et pas Dunkerque… Injustice !!!
    Mals la ville, Melville, a chacune ses fous et ses sages…
    Merci pour cette « complainte » dont Castex pourrait s’insipirer pour ses prochains slogans ! 🙂

  8. Bien nommer les choses, cerner les avanies, retrouver un langage authentique pour décrire et pointer du doigt. Bravo!

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